Je suis sur plein de choses à la fois en ce moment et la canicule ne m’a pas facilité les choses et a quelque peu freiné mes ardeurs. J’avais le dessein, cet été comme tous les étés, d’être productif, hors j’ai souvent l’humeur méditative. Il faut dire qu’avec mon ambition coutumière, je me suis lancé dans plein de projets divers et variés, et comme toujours le drame de la dispersion rôde dans les corridors obscurs et obstrués de mon esprit tortueux.
J’ai eu l’idée de venir ici parler de l’Odyssée de Nolan que j’ai par ailleurs beaucoup aimée, mais je n’ai pas envie non plus de divulguer ce que j’ai mitonné pour ma propre version d’Odysseus, que d’aucun connaisse par son identité latinisée sous le sobriquet d’Ulysse (je ne rappellerai jamais assez le mépris que je ressens pour tout ce qui touche à la vieille Rome et son empire du mal).
Je me suis amusé à constater cet élan de distinction de tous les mythographes plus ou moins experts, plus ou moins amateurs, qui se sont appliqués à souligner toutes les libertés et toutes les infidélités du cinéaste par rapport à l’œuvre originelle. Ce qui me rappelle qu’avec les Cycles d’Ouranos je ne fais pas dans le consensuel, vu que mon idée est d’à la fois d’être fidèle aux sources/mythes, tout en les réinterprétant de manière créative. Mais si j’ai aimé l’Odyssée de Nolan, pour faire court, c’est qu’à mon sens il a vivifié les anciens récits en les utilisant pour ce qu’ils sont : des sources d’inspirations, des terres fertiles sur lesquelles semer des récoltes fameuses et abondantes. Les récits mythologiques et d’autant plus les deux œuvres rattachées au personnage très fantomatique d’Homère (l’Iliade et l’Odyssée) ne doivent jamais être perçus comme de simples fictions, comme de simples écrits à la vocation narrative ou pré-historique. Comme le précise P.V. Piobb dans l’ouvrage que je suis en train de lire (oui, ça fait partie du travail), « Clef Universelle des sciences secrètes », il n’est rien de plus naïf que de ne considérer les mythes comme de simples histoires à n’appréhender que de manière (trivialement) littérales. A minima, il faut considérer l’aspect polygraphique, stéganographique et simple polysémique de ces récits. Humblement, je n’ai la prétention que de rester dans le monde des formes… tout en exploitant avec un peu de facétie et beaucoup de passion l’essence alchimique que les mythes, à l’évidence, révèlent.
Le succès de l’Odyssée de Nolan m’a ainsi conforté dans l’idée que le public pour la mythologie grecque n’est pas mineur, mais qu’il y a un paquet de gardiens du temple qui sont autant de serviteurs de la Lettre et du Livre. Il n’y a rien qui me fatigue davantage que le petit lecteur ou le mythographe zélé qui à force d’assimilation de dictionnaires et autres traités d’agrégation de la chose mythologique, débarque avec sa grande vérité pour te dire que non, Quidam n’est pas comme ça mais bien comme ci. J’ai déjà relevé des erreurs dans ces dictionnaires, ou des abus d’interprétations, ou comme très souvent l’absence de citation des sources avec le fameux « dans certaines traditions » éludant ainsi la référence souvent précieuse qui permet d’identifier les biais culturels qui vont transformer (voire déformer), infuser les mythes. Personnellement, je ne révère absolument pas Ovide dont les fables décorent avantageusement le mobilier des figures politiques qui se targuent des œuvres antiques comme base de leur recte vertueuse. Les latins m’emm… car ils mettent du sexe en toute chose, rabaissent les mythes à la chose charnelle, à la manière de nos sociétés modernes, s’obsèdent dans la jouissance en édulcorant l’éther sublime de la matière première. Mais va expliquer ça à un Youtubeur bobo qui t’explique qu’avec son bac +8 en mythologie appliquée il a définitivement tout compris. Du drame de cette conformation triste que crée l’abus de scolarité dans la formation des esprits.
Non, l’Odyssée n’est pas que l’histoire d’un mec qui veut rentrer chez lui. Non, il ne sera peut-être jamais possible d’identifier clairement ni l’origine ni le but réel de cette histoire.
Considérer ces histoires en ne considérant l’écriture que comme une chose usuelle destinée à des choses utilitaires c’est de toute façon la signification d’une trivialité sans espoir.
L’Odyssée de Nolan est une belle hollywooderie, un truc ricain bien foutu et pour le coup très politique et très critique de l’idéologie occidentale. J’ai été frappé de voir à quel point cet aspect du métrage a échappé à la majorité des commentateurs, comme s’ils étaient incapables de voir le reflet que le film tend comme un miroir à nos propres sociétés. J’ai été très satisfait de constater que mon choix de première page pour Herakliskos trouve dans le film de Nolan un echo, un lien qui échappera à beaucoup. Oui, Troie, Ilion, c’est une cité d’Orient, et au-delà des enjeux du récit homérique (la femme, la gloire, le combat, le sang), il y a bien la confrontation entre deux civilisations. Le piège du récit homérique, c’est qu’il opère une fusion entre deux cultures, donnant l’illusion que l’affrontement se déroule dans le même enclos civilisationnel, alors que non, ce sont bien deux mondes qui s’affrontent, qui s’opposent, et j’ai voulu rendre hommage, dès le début de mon récit, à ces cultures orientales qui sont les véritables racines des mythes grecs. En bref, mon Heraklès/Gilgamesh, je le trouve toujours aussi pertinent 😉
Et pour conclure ce billet du jour, petite pause avant l’éclipse, le rough de la couverture du second volume. On y voit un des personnages dont certains détails renvoient d’ailleurs à cet Orient précédemment cité. Dans ce second volume, je suis très satisfait de l’action qui s’y déroule, le premier m’ayant un peu frustré par la nécessité de devoir installer le récit, de devoir présenter le cadre de l’intrigue souvent au dépens de l’action.





