Oui, ça fait longtemps que je n’ai pas posté sur mon blog, mais c’est peu dire que j’ai vécu un premier semestre sportif en 2026 ! J’ai dû, par la force des choses ou le jeu des événements (au choix) mettre les CdO en pause et je ne me suis remis que récemment à la colorisation du second volume. En vignette, le sieur Poludeukès que je mets en scène au début du second volume, en mode pugiliste, et j’avoue être très satisfait de la progression de mon dessin/ma technique sur ce second volume. Je suis parti de très loin, voire de rien pour le premier volume, et là je savoure un peu les techniques que j’ai mis au point/instaurées lors de sa création (choix de l’accord des participes passés périlleux).
Maintenant, j’appréhende plus finement le travail que nécessite la création d’un album de BD, sachant que définitivement je ne peux pas sacrifier la qualité en faveur de la rapidité, comme je l’ai vainement cru au lancement du projet. Je ne peux pas résoudre le problème de la production en restant seul sur le projet, hors je suis un indécrottable individualiste, solidaire mais solitaire pour reprendre une vieille tagline d’une série de mon enfance (peut-être inversée pour le coup), et j’ai ce plaisir étrange de tout accomplir tout seul (chaque étape de ce projet aura été réalisée par mes soins, presque sans aide – petite pensée pour mes enfants qui auront participé souvent malgré eux à mes phases d’élaboration scénaristique -, que ce soit pour le scénario, le dessin, le site, etc.). Je suis un peu désenchanté par les IA qui n’en sont pas, qui finalement sont davantage de la poudre aux yeux qu’une aide véritable. Mais je continue de penser que je n’aurais aucun scrupule à utiliser ce type d’outil si les choses devaient évoluer, car la masse de boulot est quand même phénoménale. Cependant, loin de moi l’idée d’utiliser un système de piratage des droits de la propriété intellectuelle pour accomplir mes ambitions donc je conserverai toujours la transparence usitée sur ce site en citant l’IA utilisée et le prompt. Mea Culpa pour le fond d’une case dans le premier volume, lorsque Télamon cite les fameux Deukalions, sachant que j’avais utilisé un prompt avec Vinci et Brueghel l’ancien qui ne m’en voudront pas – l’idée était vraiment de faire un contraste entre mon style « ligne claire/remplissage net » et un rendu pictural d’un ancien temps, symbolisant l’antériorité mythique du propos. Il n’est pas à écarter que j’explicite mes choix lors d’une réédition du premier volume, sachant le contexte complexe de son édition en 2024.
J’en suis à la page 5 du second volume, sachant que j’avais prévu d’éditer le tout au printemps 2026 – le décalage est donc d’au moins 6 mois sachant que depuis j’ai beaucoup changé mon agenda. Déjà, je suis en train de prévoir la réalisation d’un jeu, envie liminaire que j’entretiens depuis quelques années, qui cette fois complète parfaitement le projet global. Dans le second volume, je montre lors d’une réminiscence un épisode de la jeunesse finissante d’Amphitryon. Avec le temps, à force de m’y intéresser et d’y réfléchir, mon amour et donc mon intérêt pour ce personnage n’a cessé de s’amplifier.
Peut-être parce que je me sens comme lui, vieillissant et m’interrogeant souvent sur la valeur de mes idéaux inadaptés à une société que je qualifierais sobrement d’ultra-libérale. Peut-être et certainement parce que j’adore les personnages au crépuscule de leur vie, quand il y a ce moment où il n’y a plus d’espoir en un lendemain fantasmé et la résignation noble de convenir que reste la satisfaction simple d’avoir fait de son mieux. Peut-être parce que depuis longtemps, Amphitryon est devenu une figure soumise à la risée facile d’un monde de petits jouisseurs en incarnant le cocu méprisable, sachant qu’au contraire il incarne à minima l’humain qu’un dieu doit imiter pour obtenir les faveurs d’une femme fidèle, compliment implicite s’il en était (pour les deux). Peut-être parce qu’étrangement, je me suis rendu compte que dans ce personnage j’avais à la fois mêlé l’image de mon propre père et celui que j’aurais voulu qu’il soit. Pas que mon Amphitryon soit son antinomie – mon père était un homme d’une grande noblesse de cœur, d’âme et d’esprit, mais c’est peu dire qu’il n’avait aucunement la fibre paternelle. Ma relation complexe avec mon père imprègne le projet des Cycles d’Ouranos car le manque qu’il m’a imposé n’a jamais effacé le fait qu’il était exceptionnel – en cela je sais depuis longtemps qu’une part de son devoir de père aura été accompli dans l’exemplarité de son ethos et d’une indéniable droiture. C’est cela qui se reflète dans le personnage d’Amphitryon en plus de quelques faux airs de mon père plus jeune (qui n’aura jamais eu les cheveux longs). Et c’est le thème de l’exemplarité qui sera exploré dans l’évolution du caractère d’Alkideus… je voulais montrer comment l’amour qu’on porte à un père peut nous amener à agir, à reproduire (comme un héritage) par simple admiration d’une humanité que la générosité et la gentillesse rendent glorieuse.
Si les mères (les meilleures) nous nourrissent d’un amour vital, les pères nous font découvrir le monde et nous enseignent. Le mien incarnera toujours un grand silence et un désintérêt apparent – nous étions deux hommes fondamentalement différents dans notre vision du monde… et pourtant semblables en bien des points. Etrangement, depuis sa mort, j’ai ressenti son influence et son soutien, expérience indescriptible mais salvatrice. Alors c’est peut-être aussi pour ça que j’ai le besoin de préciser l’histoire de mon Amphitryon, et aussi car je trouve ces épisodes, souvent oubliés ou négligés de la mythologie grecque, fascinants.
Au milieu du second volume, je lève le voile sur certains événements qui ont lieu bien avant la naissance d’Alkideus. Et il n’est pas possible de les raconter en les intégrant dans l’intrigue d’Herakliskos. J’ai pensé à l’écriture, mais une fois encore, le boulot est considérable et à mes yeux frustrant. J’ai depuis toujours une facilité à écrire, mais je ressens le besoin vital de réaliser les Cycles d’Ouranos dans ce que j’appelle le monde des formes. C’est un rêve d’enfant, et c’est l’enfant qui a besoin aussi que se réalise ce monde -à l’inverse d’un Saint Exupéry, je n’ai pas envie de livrer le mien à la morsure d’un serpent facétieux et j’ai pris depuis longtemps la décision d’être fermement à ses cotés à l’issue de tout ça. Et dans cette idée, la création d’un jeu vidéo est à la fois complémentaire et idéal.
Je sais, le projet semble pharaonique mais je songe à un jeu très minimaliste dans la forme. Je songe à un jeu que j’adore et dont je souhaite explicitement m’inspirer, soit Mortal Glory 2 que je ne saurais trop vous conseiller. Des petits pixels à droite à gauche, juste ce qu’il faut de poésie et de virtuosité dans la sobriété, des mécaniques de jeux à la fois simples mais alchimiques (dans l’idée que ça crée des situations et des possibilités variées) et à l’arrivée la sensation d’avoir vécu une aventure (le seul défaut du jeu c’est qu’une partie en mode aventure peut nécessiter plusieurs heures – et pour moi le temps est une ressource précieuse). J’ai accompli les premières recherches scénaristiques (avec quelques découvertes enthousiasmantes) et je pourrais via le processus ludique mettre en scène les capacités héroïques de mes protagonistes. Le jeu vidéo est un médium fascinant au niveau artistique et c’est peut-être moins astreignant que la bande-dessinée qui nécessite pas mal de temps (du moins en considération de mes exigences en la matière).
A cela s’ajoute l’envie très vive de créer des ouvrages analytiques et de développer/reprendre des vieux projets de jeunesse (le Rêve du Phénix, Damnés ! et UoS en tête). Du boulot, du boulot, et encore du boulot, mais un plaisir et un enthousiasme qui ne font que grandir avec le temps.




