La dernière case de l’étape « Rough » du second volume des Cycles d’Ouranos

Télamon commande un coup à boire dans les Cycles d'Ouranos de ReginHart

Je n’aime pas utiliser avec excès les anglicismes, mais je dois avouer que ça fait un paquet de temps que j’utilise le mot « rough » au lieu du bon françois « esquisse », mais c’est certainement un reliquat de mon parcours en marketing qui m’aura durablement marqué (et non pas traumatisé). A l’oral, j’ai l’habitude que j’en suis à l’étape des « rouffes », ce qui entraîne comme toujours chez mon interlocuteur une forme d’expectative polie. Concernant le second volume des Cycles d’Ouranos, ça désigne toute la phase de dessin au crayon, qui va de l’élaboration des personnages et divers détails de l’histoire, en passant par le storyboard et pour finir les cases des pages à venir. Car je n’ai pas travaillé en planche mais bien en cases, pour différentes raisons, l’une d’entre elle étant l’attachement que j’ai pour ces créations trop souvent éphémères car effacées par l’encrage puis la colorisation des images. J’aime le travail d’esquisse par plaisir de l’ouvrage. Il y a quelque chose de pur et de sobre dans le travail crayonné, et j’ai toujours eu du mal à recouvrir le crayon par de l’encre. J’ai donc énormément fait d’expériences pour obtenir le meilleur compromis, et finalement pour ce second volume, j’ai choisis de réaliser des carnets de croquis qu’il convient à présent d’encrer ; mais cette fois, je vais utiliser ce qu’on désignait autrefois par « table lumineuse », pour décalquer proprement le trait sur un feuillet adapté à l’encrage.

Pour le premier volume, j’aurais fait différents tests : encrage directement sur l’esquisse, pour un résultat souvent décevant pour cause du grain du papier, qui avait tendance à tâcher plus ou moins, rendant le trait inégal (décevant) ; encrage via une sortie en bleu du dessin très laborieux (nécessite de scanner, traiter, puis imprimer l’esquisse) ; enfin, encrage via la palette graphique pour un résultat très satisfaisant mais un poil moins rapide et limpide qu’un encrage à la main. J’ai donc pris le temps de sélectionner différents feutres, de choisir un papier bien lisse, pour ce second volume. Je recommande chaudement le magasin Action qui est devenu à mes yeux la manne de l’artiste économe… Carnets de crobards pour tous les goûts et les besoins à moins de 5 €, j’ai acquis de quoi encrer le second volume pour la somme modique de 12 euros.

J’ai pour l’instant beaucoup de mal à estimer le travail d’encrage, même si pour l’esquisse d’une case j’en suis arrivé à une moyenne d’une heure et demie. Obsédé par cette idée, toujours dans une logique très marketing de rationaliser le travail qui est le mien, j’avais conclus qu’il me fallait une semaine (5 jours de travail) pour créer 2 pages et demi, à raison d’environ 5 à 6 heures par jour de travail. Les pages du second volume comportant en moyenne 6 cases, le délai qu’il m’aura fallu est nettement perceptible… sachant que pour le coup j’ai la satisfaction d’avoir respecté mon agenda, après avoir sacrifié mon été avec une religiosité admirable. De la mi-mai à maintenant, j’aurais donc produit 12 pages par mois, correspondant à autant de dessins au format A4. Au final, ça représente un peu plus de 360 dessins, ce qui, en rajoutant le travail préliminaire (esquisses préparatoires + storyboard) donne plus de 500 dessins au format A4. Ce jour de conclusion du travail d’esquisse est donc une grosse étape que je viens d’achever, avec un brin de jubilation.

En tête ou en queue de ce billet, ça dépend de l’endroit du site où vous le lirez, la dernière case du second volume, qui montre un Télamon jovial commander à boire. Sur l’image, j’ai placé l’esquisse en gros, et en vignette la case du storyboard avancé. Ce storyboard avancé m’aura vraiment beaucoup apporté et j’ai fidèlement suivi, si ce n’est quelques changements de points de vue, à la marge très marginaux (et la répétition me fait rire). Comme je l’ai écrit dans le précédent billet, je suis très satisfait du travail d’esquisse réalisé mais j’avoue que sur la fin, depuis quelques jours, j’ai l’impatience de passer à la suite et à l’élaboration des planches. Avant cela, reste donc la phase encrage, et j’espère être plus rapide que pour la phase d’esquisse qui nécessitait 1h30 en moyenne par case, comme précisé en amont, même si je sais que cette étape ne nécessite pas moins de temps et de talent.. ce n’est pas pour rien que binôme de certains artistes se partageant la tâche aura pu donner de spectaculaires ou de médiocres résultats. Du coté du très bon je pense au travail de Byrne et Austin sur les New Xmen ou Miller et Janson sur Daredevil. J’ai une petite pensée pour John Romita junior (dont je suis un grand fan) qui aura avoué, au début de sa carrière, avoir beaucoup compté sur la dévotion et le talent des encreurs pour rattraper son ouvrage parfois paresseux. Bel hommage et belle honnêteté en reconnaissant la patte précieuse qui transforme bien l’œuvre en ouvrage collectif, sachant que les auteurs sont cités et donc respectés.

J’ai donc commencé à réfléchir, c’est ma méthode, à la manière d’encrer ce second volume. Je suis satisfait du résultat pour le premier volume, mais je sais à quel point le processus aura été chaotique, entre expérimentations, tests, corrections, travail hybride, et je souhaite cette fois perdre beaucoup moins de temps pour obtenir une bonne homogénéité du résultat. Comme à mon habitude, je regarde, j’analyse, j’observe, mais paradoxalement je lis à présent peu de nouvelles bandes-dessinées car j’avoue qu’il y en a peu qui m’intéressent. Mon dernier achat en date c’est le dernier volume de Hunter X Hunter, sachant qu’à l’évidence Yoshiro Togashi a la volonté de raconter davantage son histoire en abusant des dialogues, rendant le travail de lecture moins fluide que par le découpage en images – la version collector de ce volume accompagné d’un volume 0 démontre l’écart entre les deux intentions – le volume zéro est très aéré, avec des cases amples et des bulles claires… tandis que le volume 38 est, à l’instar du précédent, truffé de casses minuscules et de bulles (majoritairement des dialogues) très denses. Mais justement, Yoshiro Togashi m’a énormément influencé quant à l’importance de la caractérisation par un style à la fois précis, homogène et sobre. Je vais aussi, dans les prochains jours, me replonger dans les BD de Moebius/Giraud qui reste un maître inatteignable… La ligne claire, je l’aime, mais il me faudrait encore 20 à 30 ans à exercer le dessin intensivement pour arriver à ce niveau… mais ça ne coute rien de s’imprégner ! Shingo Araki, aussi… ma grande inspiration, sachant que cette incise me rappelle qu’il va falloir que je prenne le temps d’expliquer la différence entre les Cycles d’Ouranos et Saint Seiya, sachant que le réflexe de la petite critique à la française sera de crier au plagiat… Attendez de voir mon Athéna les chéris, vous serez pas déçus du voyage !

Mais à l’arrivée je lis peu de BD car peu de BD m’interpellent. J’ai envie de retrouver l’esprit populaire, sobre et simple des œuvres de mon enfance. Souvent je me dis que l’objectif de mon œuvre est aussi de pouvoir lire ce que je voudrais lire et que je ne trouve pas par ailleurs, des histoires qui à la fois essaient d’intégrer des thématiques philosophiques et des parcours de vie. En retrouvant l’esprit des histoires de mon enfance qui étaient paradoxalement plus « simples » graphiquement mais pas moins puissantes. Je pense à des épisodes des comics que je lisais dans les parutions Lug, qui mettaient en scène des héros humains et des problématiques morales plus complexes que le simple et souvent caricatural combat entre le camp du Bien et celui du Mal. Ces questions, ces choix de style feront un jour le sujet d’un autre billet car celui que j’ai choisi pour les Cycles d’Ouranos est clairement assumé par rapport à ce que je destine sur le long terme, soit un portage en mode animé… mais j’ai encore du temps avant d’en arriver là, d’où le bonheur de voir le second volume se réaliser et cette première grande étape s’achever (pour ne pas dire s’accomplir ;-)).

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